Jour 151 : à 21:30 (heure locale)

Le roi de Thaïlande Rama IX est mort alors que j'étais encore à Koh Tao, plongeant les thaïlandais dans la peine, les expats dans l'inquiétude, et les nombreux birmans vivant là (60% de la population de l'île) dans une apparente indifférence. Le deuil n'a pas attendu pour s'emparer du pays. En France ou tout autre pays républicain le deuil national de résume à une minute de silence et à une exigence tacite de bienséance, mais ici le roi est plus qu'un homme. Il régnait depuis plus de 70 ans, et était pour chacun le père de la Thaïlande moderne et prospère, mais aussi un demi-dieu, vénéré comme tel. La junte militaire qui a pris l'intérim du pouvoir depuis deux ans que le roi était malade à annoncé très vite un deuil d'un an sans pour autant expliquer ce que cela sous-entendait. Un an annoncé mais un mois aussi, ce qui peut faire croire à deux degrés de deuil, mais toujours dans détail. Pour l'instant les gens sont appelés à se vêtir de noir et de blanc, couleurs de deuil, et à ne pas se montrer trop festifs, locaux comme touristes, les bars sont fermés, seuls ceux qui sont aussi restaurants sont ouverts, ou ceux tenus par des étrangers. Dans un pays où le crime de lèse-majesté peut vous conduire à quelques dizaines d'années de prison, que ce soit marcher sur un billet et donc sur l'image du roi ou insulter le chien de la famille royale, la vigilance est encore plus de mise.
J'ai fait une halte de 24h à Bangkok en me rendant dans le nord-ouest du pays, assez curieux de voir ce que pouvait être là capitale en ce moment du particulier, et je n'ai pas été déçu. Ici, évidemment, la majeure partie de la population est thaïlandaise et surtout la junte a l'oeil beaucoup plus affûté, et à part quelques touristes mi insouciants, mi irrespectueux, tout le monde est en noir, où au moins en couleurs sombres et en blanc parfois. Les murs de la ville se recouvrent à une allure fille de frises de tissu noir et blanc et de portraits du défunt. Je me suis rendu au Wat Pra Kaeow, le temple du bouddha d'émeraude que je n'avais pas visité à mon premier passage à Bangkok, qui est situé juste à côté du palais royal. J'ai trouvé là-bas des dizaines de milliers de personnes de noir vêtues qui faisaient la queue pour venir rendre hommage au roi ; des repas, boissons, et friandises sont offertes à tous sous un toit impénétrable de parapluies et de barnums. Les gens prient, s'agenouillent de conserve au passage des voitures officielles et ont pour la plupart le visage grave, ému, triste. L'accès au temple était évidemment interdit aux étrangers, mais cette ferveur silencieuse valait à elle-seule le détour. C'est donc emprunt de cette triste déférence que je quitte la capitale, attendant mon bus le regard captivé par la cérémonie diffusée sur les écrans à la gare comme partout ailleurs, qui dure depuis plusieurs jours maintenant et ne cessera sûrement que dans quelques semaines après les obsèques proprement dites.
Je n'avais pas prévu d'écrire là-dessus, mais c'est sûrement l'expérience la plus thaïlandaise que j'ai vécu ces dernières semaines.
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Dernière mise à jour le lundi 31 octobre 2016 à 07:23:15 UTC+1 - Signaler cette étape