Jour 166 : à 20:00 (heure locale)

J'ai été ici accueilli pour la première fois depuis longtemps (au Myanmar, comme en Inde, accueillir des étrangers chez soi est interdit, mais à la différence des indiens les birmans avec près de 50 ans de dictature militaire sont très disciplinés). Quoiqu'il en soit cette première expérience m'a un peu déstabilisé: en effet mon hôtesse, femme mariée de 40 ans très très occupée, si elle n'a jamais été déplaisante à un peu fait comme si je n'étais pas là, m'a oublié le premier soir quand je l'attendais à sa boutique, et ne m'a pas proposé le lendemain après-midi après mon excursion en bateau sur le lac organisée par ses soins de l'accompagner quand elle allait passer l'après-midi chez elle. Je ne lui en tiens aucunement rigueur, car comme je l'ai dit elle est plus qu'occupée à gérer sa boutique de salon de beauté-agence de voyage (drôle de mélange, n'est-ce pas ?), à préparer l'ouverture très prochaine de sa future guest house, et à gérer les repas et l'entretien d' une maison où son mari retraité de la police passe ses journées à regarder le foot à la télé. Ce fut donc loin d'être ma meilleure expérience de couchsurfing, même si elle reste intéressante.
Passons. Le lac Inle. En arrivant je loue un vélo pour écumer la campagne environnante, et voir de relativement loin ce lac immense entouré de montagnes. La dernière fois que j'ai fait plusieurs heures de vélo de suite remontant sûrement à mon adolescence, j'ai apprécié la balade qui m'a fait découvrir un peu plus en profondeur la vie paysanne birmane, même si le décor en soi n'a rien de particulièrement notoire: joli, bucolique, mais pas très différent de nos Alpes par exemple, à quelques rizières près. Après un quinzaine de kilomètres, en fin d'après-midi je me rends compte que je dois rentrer en bateau par le lac, ce qui était quand-même mon idée de départ, mais étant seul et au vu de la nuit qui ne tarderait pas de tomber, négocier le prix de la traversée s'est avéré difficile, et je me fais gentiment et consciemment enfumé, mais bon, si je convertit en euro (chose que j'évite de faire, sinon rien n'est cher et je me fais avoir à chaque fois) , ça n'a rien de dramatique. Là se passe donc ma première rencontre avec le lac. J'accompagne mon jeune batelier chez lui, passant sur des petits sentiers de terre surélevés aménagés au milieu de l'eau jusqu'à sa maison sur pilotis, prenant contact avec sa famille alors qu'il vide sous le plancher de la maison le bateau pour nous charger, mon vélo et moi. Il fait froid il y a beaucoup de vent, et je suis en chemisette, mais ça ne gâche pas mon plaisir de découvrir des plantations de tomates au milieu du lac, ainsi que des hectares de plantes fleuries recouvrant l'ai du lac (les mêmes qui occupaient la surface des canaux des back-waters du Kerala en Inde).
Le lendemain, mis en appétit par le trajet retour de la veille, j'opte pour une grosse demi-journée de bateau organisée par mon hôtesse. J'ai le droit pour quasiment le même prix que la demi-heure de la veille à mon bateau et mon batelier rien que pour moi; ce luxe fait que mon chauffeur ralentit dès qu'il voit que je veux faire une photo ou me lever pour apprécier la vue. Il me fait donc faire le tour des villages "flottants" et des jardins "flottants". Je pense qu'un bon tiers de la surface du lac est occupée par des cultures ou des habitations, c'est impressionnant, et je comprends enfin la particularité de ce lieu qui reste insaisissable vu de la rive. Ce sont des hectares de cultures de tomates de courges, de haricots, ou de lotus à perte de vue, organisées par deux rangs plantés sur des monticules de terre remontée du fond du lac (5 à 6 mets de profondeur au max à priori), et entre chaque un canal permettant l'accès aux bateaux. Les fermiers ici sont bateliers, comme les artisans et tous les autres (nombreux) habitants de ces villages sur l'eau. Les villages sont comme tous les autres, dotés de grandes rues, de plus petits, d'impasses, mais toutes sont des canaux, et pourtant on y voit des barrières de bambou, et des plantes fleuries qui bordent les artères. Le lac Inle est à Venise ce que le Morvan est à Dijon (référence pour les bourguignons, je m'en excuse auprès des autres). À ces singulières particularités s'ajoute une culture tribale très marquée, avec ses artisanats typiques (soie de fibres de lotus, bijoutiers travaillant le minerai brut d'argent venant des montagnes, forgerons qui fabriquent les couteaux traditionnels...), ses pêcheurs aux méthodes singulières autant de pêche que de ramage (avec les jambes pour garder les mains libres de s'occuper des filets), et des femmes-girafe venant d'une tribu des montagnes.
Je ne savais pas trop à quoi m'attendre en venant ici, mais je crois que ça restera une des découvertes les plus marquantes de mon voyage.
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Dernière mise à jour le lundi 31 octobre 2016 à 20:26:45 UTC+1 - Signaler cette étape