Jour 251 : au

Aujourd'hui, c'est la fête des mères. En gentille fille que je suis, j'ai décidé d'appeler la mienne pour lui souhaiter une bonne journée de vive voix. Installée dans mon lit, je m'apprêtais à lancer l'appel lorsque j'ai entendu crier. Une femme ne cessait de hurler "Dehors ! Dehors !". On entendait dans sa voix la panique dont elle était emprise. Je distinguais également des bruits de verre brisé et autres objets lancés. D'autres personnes se sont rapidement mêlées au chaos et j'entendais crier de toutes parts. Inquiète, j'essayais d'apercevoir par la fenêtre de ma chambre l'étendue de ce qui me semblait être une bagarre générale, sans succès. J'attendais que cela passe, ne sachant pas quoi faire. Plus le temps passait, plus cela semblait prendre de l'ampleur. Rapidement, j'eus la sensation d'être en période de guerre. J'avais l'impression qu'à tout moment allaient raisonner de lourds pas pressés dans l'escalier, que d'effrayantes silhouettes en uniforme fracasseraient les portes des chambres et ordonneraient d'une voix rude que chacun rassemble quelques affaires et quitte le bâtiment. Ou alors, j'attendais de ressentir une chaleur si forte que rien d'autre ne serait envisageable qu'un incendie. J'entendais toujours cette même voie aiguë criant à je ne sais qui de sortir. J'étais clairement bien trop inquiète mais il m'était impossible de me défaire du sentiment quelque chose de grave se passait. Pour mettre fin à mes questions et pour me rassurer, je suis sortie dans le couloir. Celui-ci, débouchant sur la terrasse, donne une vue d'ensemble sur la plage et la jetée. Juste là, un homme observait intensément l'immense nuage de fumée qui s'élevait dans le brouhaha. En un instant, avant même que je n'aie eu le temps de comprendre, un autre homme a surgit de la cage d'escalier en beuglant "AU FEU ! AU FEU ! TOUT LE MONDE DÉGAGE !". Mon cœur n'a fait qu'un bond et j'ai sauté dans ma chambre, attrapant tout ce qui me tombait sous la main. L'homme s'est précipité vers moi et m'a crié "le feu est là, tu dois sortir!". "Je sais mais je dois prendre mes affaires". Je ne pouvais pas laisser là tout ce que j'avais. En une seconde, je me retrouvais les bras chargés à dévaler les escaliers dans lesquels j'ai d'habitude tant de mal à ne pas tomber. Là, je me suis retrouvée face à l'horreur. Juste en face, l'immense restaurant longeant le ponton où accostent les bateaux avait disparu sous les flammes. Je suis restée un moment face au spectacle. Les locaux courraient en tous sens, pleurant ou criant. J'ai entassé mes affaires dans mon sac, tremblante puis quelqu'un est sorti du bâtiment en courant. Il a lancé un "ÇA VA EXPLOSER, PARTEZ!" et la foule amassée sur la plage s'est mise en branle. Je courais dans le sable aussi vite que possible aux côtés de tous ces gens venus profiter de la plage et du soleil. On s'est arrêtés un peu plus loin et retournés pour voir l'étendue des dégâts. Le feu dévorait chaque morceau de bois sans aucune pitié. Une fumée dense d'un noir profond s'élevait déjà dans le ciel bleu. Nous étions tous bredouilles. Je regardais ces enfants dont les t-shirts portaient l'inscription "bonne année", réfugiés dans les bras de leur mère, des hommes commençaient à arriver de partout chargés de tuyaux et un bon nombre de touristes sortaient leurs caméras pour pouvoir montrer ça à leurs copains plus tard. J'ai levé la tête au ciel, presqu'entièrement couvert de cette fumée d'un noir d'encre, et il se mit à neiger. Une infinité de petites particules blanches tourbillonnaient tels des flocons. Tout cela me paraissait irréel. Les cendres tombaient doucement sur nous. De nouveau, quelqu'un s'est mis à courir en annonçant une explosion. La troupe s'est remise à courir et le sol à fait un bond. Le restaurant contenait 6 tonneaux de gaz et le premier venait de succomber à son ennemi. Je tremblais et j'avais l'impression que je ne pouvais plus tenir debout. Pourtant, je ne pouvais m'imaginer m'asseoir sous ces pancartes "souriez, vous êtes au paradis" ou "la vie est belle". J'avais mes affaires, j'allais bien, mais quelqu'un était en train de perdre tout ce qu'il avait, peut-être même la vie, sa famille, ses amis. À chaque nouvelles explosions, je tressaillais. Je ne savais pas si je voulais rire ou pleurer. Je devais avoir l'air vraiment désemparée parce qu'une fille m'a demandé si j'allais bien et m'a proposé de m'asseoir avec elle et son amie parce que je ne devais pas rester seule comme ça. Je lui suis tellement reconnaissante ! Elles buvaient un verre en face du restot lorsqu'il a pris feu et elles ont vu les personnes qui s'y trouvaient plonger dans l'eau par les fenêtres. Quelle chance que le vent ne soufflait pas en direction de tous les hôtels et auberges de jeunesse ! Sinon, les habitants n'avaient plus rien. J'ai quand-même vu tous les propriétaires lancer des seaux d'eau dans toutes les habitations pour empêcher le feu de dévorer ces constructions uniquement faites de bois. Petit à petit, la (...)
Aucune photo
   lauramathy ne propose aucune photo pour cette étape.

Commentaires
Chargement des commentaires
Nouveau commentaire


Dernière mise à jour le vendredi 20 mai 2016 08:25:39 UTC+02:00 - Signaler cette étape